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L’édition française

‘Vanity Game’ a été traduit en français par Fanchita Gonzalez Batlle et est publié
par L’ éditions Liana Levi. Il est disponible dans toutes les bonnes librairies en France, Belgique, Suisse et Canada.

A Mathematician (?)

Voici un extrait, le premier chapitre du livre:

Je descends de voiture et je suis instantanément ébloui par les flashs. Je vois des hordes de ces salauds qui se battent pour être au premier rang. Un pauvre cordon rouge tendu entre deux poteaux argentés ne paraît pas assez costaud pour les arrêter s’ils décidaient tout à coup de charger comme un seul homme pour me dévorer. Une vision effrayante, sérieux.

Ils crient : « Beaumont, par ici ! » et « Ici, Beaumont ! », malfaisants, prêts à tout. Ils en veulent. Je balance un sourire ravageur, je leur donne ce qu’ils mendient, mais je ne fais pas grand-chose pour les apaiser. La meute veut davantage : le cliché gagnant. Je me retourne pour aider Krystal à descendre de voiture. Elle porte sa minirobe un brin obscène et les cris de joie de ces ordures me donnent des frissons.

Derrière cette meute de chiens j’entends quand même les cris et les acclamations du public, en majorité des filles, c’est sûr, et vous pouvez parier qu’elles feraient n’importe quoi pour baiser avec moi. Elles et les foutus paparazzis sont des exemples extrêmes des Admirateurs et des Ennemis, aussi dingues les uns que les autres. Donc nous nous attardons quelques minutes sur le tapis rouge et nous distribuons des sourires forcés, à leur grande satisfaction. On les entend presque haleter de joie, c’est dégueulasse.

Dans le hall de l’hôtel je repère quelques journalistes de plus. Ceux-là sont appointés par les grands quotidiens ou les tabloïds ; mieux formés que la populace du dehors, mais tout aussi acharnés, avec leurs questions lèche-cul. Nous nous arrêtons pour quelques photos supplémentaires et sommes conduits par les agents de sécurité vers l’ascenseur qui doit nous mener à la terrasse pour la soirée la plus hype du mois.Le rappeur américain Clyde D. Vine est en ville pour la promotion de son nouvel album soi-disant dément et tout le monde a fait des pieds et des mains pour être invité à son barbecue de l’été. Le fait que l’événement se tienne au sommet du Clancy, l’hôtel de charme le plus branché de Londres, le rend deux fois plus incontournable. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent directement sur la terrasse qui s’étend devant moi.

À l’horizon, une folie de coucher de soleil rouge, l’eau de la piscine déserte étincelle et le parfum de la viande grillée imprègne délicieusement l’air. Tous les ingrédients d’une bonne soirée sont là.

« Regarde, regarde, chuchote Krystal en me donnant un coup de coude, c’est pas Boadecia Klaus là-bas ? Elle vient de devenir le nouveau visage de Chanel. Et là, c’est pas Chris Clarkson avec… comment elle s’appelle, celle dans la série EastEnders ? Je ne savais pas qu’ils sortaient ensemble. »

Je réponds « Whaouh, moi non plus », mais je regarde une vieille légende de Hollywood en compagnie d’une fille bien trop jeune pour lui, du réalisateur du prochain blockbuster et de plusieurs pop stars. C’est vraiment LA soirée où il faut être.  Et je me demande si c’est bien Giorgio Del Fumo, le milieu de terrain de Manchester United, dont on dit qu’il est homo, qui porte un panama et parle avec ce qui est visiblement un jeune prostitué, tandis qu’apparaît une jolie serveuse brune en mini-haut de bikini blanc et pantalon collant, souriante, éblouissante.  J’apprécie du regard son corps musclé et je sens Krystal m’agripper le bras comme si elle l’avait deviné. La serveuse nous appelle par nos noms, se présente – Monique – et nous fait signe de la suivre là où est installé Clyde D. Vine en personne. En traversant la foule je remarque sur son épaule bronzée un joli petit dragon tatoué dont la langue fourchue me paraît tout à fait coquine, sans que je sache pourquoi, et je ne peux pas ne pas regarder ce petit cul moulé dans le pantalon sexy. Il faut le dire, la fille est canon.

Je n’aime pas du tout la main de Krystal sur mon bras. Ça fait maintenant deux mois que je n’ai même pas regardé une autre femme. Après le pénible épisode avec la fille de dix-sept ans (elle m’avait dit en avoir vingt et un) et l’expédition humiliante à la clinique, j’ai été totalement dégoûté. Mais il y a cette Monique qui balance son cul devant moi dans ce beau soir d’été et qui tente de nouveau le vieux démon.

Clyde D. Vine est affalé sur un énorme coussin sous une tente blanche, et deux filles habillées comme Monique agitent devant lui des éventails géants. Il porte une tenue vraiment bizarre, blazer, short en velours rouge et chemise blanche à fanfreluches, plus d’immenses lunettes noires à monture blanche. Putain, il ressemble à un Elton John noir, et quand Monique nous présente au rappeur je dois me retenir pour ne pas rire comme un idiot. Il ne se lève pas mais me tend la main. Je la serre fermement.

« Bienvenue à la fête, les mecs », dit-il avec un fort accent du ghetto new-yorkais.

Krystal met le paquet : « Merci de nous avoir invités, j’adore votre nouvel album. » Clyde fait un signe de tête.
« Merci ma belle, amusez-vous bien ce soir. Monique vous fournira tout ce que vous voulez, suffit
de demander gentiment. »

Je souris à l’idée d’obtenir tout ce que je veux de cette petite bombe sexuelle.

« Super soirée. À plus tard, mec », je dis à Clyde avec un clin d’œil à lui et à Monique pendant que Krystal a le dos tourné.

Nous nous éloignons et je demande à Krystal : « Pourquoi tu lui as dit que tu aimais son album ? – Parce que ça me semblait¼ poli. – Ouais, mais ça manque de classe.

– Sérieux ? »

Elle s’arrête et me regarde, et je vois dans ses grands yeux bleus qu’elle est traumatisée. Elle répète depuis des semaines qu’elle veut que Clyde D. Vine la remarque. Elle a l’illusion folle de faire un disque avec ce type.

Mais elle se remet en apercevant Kelly C. et Jon Donald assis à une table près de la piscine déserte. Je grogne tandis qu’elle file droit sur eux. Attention, Jon est un de mes meilleurs potes, même s’il joue pour ces salauds à l’autre bout de la ville, mais depuis le cafouillage alcoolisé avec Kelly je suis légèrement mal à l’aise quand nous sommes tous les quatre ensemble. De toute façon, Kelly a un peu trop l’air d’une pétasse ce soir ; nous nous saluons tous et je reçois pratiquement les faux nibards de Kelly en pleine figure quand elle embrasse l’air à côté de ma joue. Ça me rappelle le fameux cafouillage, et pendant un instant je suis désolé de faire des trucs dans le dos de Jon et Krystal, mais nous échangeons des regards coupables, Kel et moi, et une idée me traverse l’esprit : nous quatre dans un drôle de jeu sexuel. Krystal accepterait ? Je pourrais alors sauter Kelly en toute bonne conscience et nous n’aurions pas besoin de ce mauvais trip de culpabilité. Mais pourquoi est-ce que l’idée de regarder Jon avec Krystal m’excite davantage ? Merde, pas le temps de m’attarder là- dessus parce que voilà Monique qui revient, elle nous tend la liste des cocktails et nous énumère les viandes du grill. Tout un zoo extravagant y compris un gnou que Clyde a apparemment abattu lui- même dans un safari en Afrique, mais comme personne n’a faim nous commandons seulement quatre mojitos.

« Vous êtes au courant pour cette histoire de Taylor Jones ? », demande Kelly en s’adressant alternativement à Krystal et à moi.

Krystal demande qui c’est. Je lui explique, moins brutalement que je ne le fais ici, que c’est une rock-star, qu’il se shoote à l’héroïne et qu’il traîne toujours dans le genre de soirées où je ne l’emmène pas, elle.

« Il s’est tiré une balle dans la tête¼ », dit Kelly.

Jon l’interrompt et lui prend la main. « Kelly, ils n’ont pas envie d’entendre parler de ça. »

Je dis : « Ça le change de se tirer des lignes, pas vrai ? » Je me marre. Les autres ne me suivent
pas.

« C’est horrible, Beaumont. » Krystal me reprend, mais elle me donne un coup de coude complice.

« Il a fait un discours vraiment ahurissant…

– Kel, arrête, c’est des conneries », l’interrompt de nouveau Jon. Il a l’air agacé, comme si elle n’avait pas arrêté de parler de ça.

Je m’apprête à détendre l’atmosphère en le chahutant à propos du but archifacile qu’il a raté dans le match de cet après-midi quand quelqu’un me tapote l’épaule. Je me retourne et je vois Darren O’Mally, le jeune gars de Liverpool qui vient d’entrer dans l’équipe première d’Angleterre, et il me fait un sourire d’ivrogne, un spectacle affreux.

« Salut, Beaumont. » Il a la voix pâteuse. Il me tape plus fort sur l’épaule.

Ne vous y trompez pas, j’aime bien Darren, ce garçon me rappelle ce que j’étais à dix-huit ans, encore passablement naïf sur ce qu’est la célébrité, mais je suis consterné qu’un gamin comme lui ait réussi à s’introduire dans une soirée comme celle-là. Quand j’étais un débutant on pensait qu’entrer au Faces c’était le top du top, mais il faut croire que les temps changent, comme on dit.

« Putain de super soirée, hein ? Vous venez d’arriver ? » demande Darren.

Je fais signe que oui et il se penche sur moi, tellement près que je peux sentir l’alcool dans son haleine.

Il chuchote tout bas : « Eh, j’arrive pas à y croire, toutes ces nanas ici. Je viens juste de voir celle des pubs Diesel. Une putain de bombe, mec.

– Euh, ouais. » Ce type serait tellement mieux au Faces avec les filles de l’Essex.

« Qu’est-ce qu’il y a, Darren ? Tu veux qu’on te présente une top-modèle, c’est ça ? » crie Jon qui est de l’autre côté de la table.

Seigneur. Darren sourit bêtement à Jon qui lui offre déjà une chaise et lui fait signe de s’asseoir. Les filles rient ; visiblement elles trouvent Darren mignon, une sorte de sentiment maternel. Tout ça commence à me taper sur le système, mais Monique arrive avec les cocktails et il me semble qu’elle se penche exprès sur moi pour les poser sur la table. Je sens l’odeur de sa peau, l’intensité de la crème solaire à la noix de coco mélangée à un parfum musqué, et j’ai un élancement dans le bas- ventre. Je devrais me sentir coupable, mais inviter Darren à se joindre à nous contre ma volonté est une chose que je peux retenir contre eux, et qui justifie mon regard baladeur.

Les cocktails sont forts, et tout le monde paraît d’humeur à se soûler. Nous buvons les premiers mojitos en vitesse et en commandons d’autres.

La conversation est animée mais elle m’ennuie et je finis par regarder autour de moi, à la recherche de Monique. Il me semble qu’elle me regarde deux fois.

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